L’avenir politique de Marine Le Pen se joue en partie cette semaine. L’ancienne cheffe du Rassemblement national, déjà candidate à trois reprises à l’élection présidentielle, comparaît à nouveau aujourd’hui dans l’affaire des assistants parlementaires européens. Condamnée en mars dernier en première instance à de la prison aménageable, une amende et surtout à cinq ans d’inéligibilité avec application immédiate, elle est aujourd’hui dans l’incapacité de briguer un mandat et notamment l’Élysée.
Cette situation constitue un coup de frein majeur pour une figure politique qui, jusqu’à sa condamnation, dominait les intentions de vote dans les sondages. « Combative » et « déterminée », selon son entourage, Marine Le Pen n’avait d’ailleurs admis à l’automne qu’un infime « espoir » de pouvoir se présenter en 2027.
Une condamnation lourde et une fenêtre politique réduite
En première instance, les juges avaient estimé qu’elle avait joué un rôle central dans un « système organisé » permettant au RN de faire financer par le Parlement européen des collaborateurs travaillant en réalité pour le parti. Les magistrats avaient chiffré le préjudice à près de 2,9 millions d’euros. Si Marine Le Pen a conservé son mandat de députée, la peine d’inéligibilité l’a privée de toute nouvelle candidature, présidentielle ou législative.
Ce verdict avait été perçu comme un véritable coup de tonnerre dans la perspective de 2027, d’autant que le calendrier politique rend désormais chaque scénario serré.
Plusieurs hypothèses judiciaires et politiques
La première hypothèse, la plus favorable à Marine Le Pen, serait sa relaxe en appel. Elle retrouverait alors l’intégralité de ses droits civiques et pourrait se relancer pleinement dans la campagne. Une option jugée toutefois peu probable par plusieurs observateurs au regard de la décision de première instance.
Deuxième possibilité : une confirmation de culpabilité mais une peine d’inéligibilité sans exécution immédiate. En cas de pourvoi en cassation — quasi certain dans ce cas —, l’application de la sanction serait suspendue le temps de l’examen par la haute juridiction. Si celle-ci rendait son arrêt après mars 2027, Marine Le Pen pourrait se présenter malgré l’épée de Damoclès.
Troisième scénario, le plus défavorable : une confirmation pure et simple de la peine initiale, avec inéligibilité immédiate. Jordan Bardella, actuel président du RN, serait alors la figure la plus probable pour porter les couleurs du parti en 2027.
Enfin, une voie intermédiaire existe : une inéligibilité réduite à un an et effective immédiatement. Elle aurait été purgée de façon rétroactive et ne ferait plus obstacle à une candidature. Au-delà de deux ans en revanche, l’ancienne candidate serait mécaniquement hors-jeu pour l’élection.
L’ombre de Jordan Bardella sur 2027
Marine Le Pen a déjà admis publiquement que son scénario de candidature devenait incertain, assurant en décembre que Jordan Bardella « peut gagner à sa place ». Ce dernier, désormais au niveau d’elle dans les enquêtes d’opinion, apparaît comme une option crédible dans les couloirs du parti. L’idée d’un duo où Marine Le Pen deviendrait Première ministre en cas de victoire est parfois évoquée en coulisses, mais elle a elle-même écarté cette option.
Au-delà de l’enjeu personnel, le procès pourrait donc redistribuer les cartes dans le RN. Et à un peu plus de deux ans de la présidentielle, la décision des juges pourrait peser sur l’ensemble du paysage politique français.
