Sous la pression d’une polémique grandissante, le groupe informatique français Capgemini a décidé de se séparer de sa filiale américaine travaillant pour la police fédérale de l’immigration des États-Unis. L’information, révélée par France 2, intervient après plusieurs jours de contestation interne et externe autour d’un contrat liant l’entreprise à l’ICE, l’agence chargée du contrôle migratoire.
Réuni en urgence ce week-end, le conseil d’administration du groupe a acté la mise en vente de Capgemini Government Solutions, sa structure spécialisée dans les contrats avec les administrations fédérales américaines. Dans un communiqué diffusé à la fois à la presse et aux salariés, la direction indique que la procédure de cession sera lancée immédiatement.
La filiale concernée représente une part très marginale de l’activité du groupe, environ 0,4 % du chiffre d’affaires estimé pour 2025, et moins de 2 % des revenus réalisés par Capgemini aux États-Unis.
Un contrat controversé avec la police de l’immigration américaine
À l’origine de la crise figure un contrat dévoilé par Observatoire des multinationales. Celui-ci prévoit que la filiale américaine de Capgemini fournisse à l’Immigration and Customs Enforcement, plus connue sous le nom d’ICE, un outil permettant l’identification et la localisation de personnes étrangères en vue de leur expulsion.
Le contrat, conclu le 18 décembre dernier, porte sur un montant minimal de 4,8 millions d’euros, avec la possibilité d’un volume financier plus important en fonction des résultats opérationnels de la coopération. Il ne s’agit pas d’un partenariat ponctuel : Capgemini Government Solutions travaille avec l’ICE depuis près de vingt ans.
Cette collaboration est d’autant plus sensible que l’agence est aujourd’hui au cœur de la politique migratoire de l’administration de Donald Trump, qui a considérablement renforcé ses moyens et ses prérogatives dans le cadre d’une vaste campagne de lutte contre l’immigration.
Ces dernières semaines, l’ICE a également été mise en cause dans plusieurs affaires très médiatisées, notamment après la mort de deux personnes opposées à ses méthodes, ce qui a contribué à accroître la pression sur les entreprises travaillant avec l’agence.
Une ligne de défense devenue intenable pour le groupe
Jusqu’ici, la direction de Capgemini expliquait ne pas disposer d’un contrôle direct sur les contrats conclus par sa filiale américaine avec les autorités fédérales. Dans un message interne adressé aux salariés le 28 janvier, elle indiquait toutefois que le contrat litigieux faisait l’objet d’un recours.
Dans son communiqué publié après le conseil d’administration, le groupe justifie désormais sa décision par des contraintes juridiques propres aux marchés fédéraux américains. Celles-ci, selon Capgemini, ne lui permettraient pas d’exercer un contrôle suffisant sur certaines activités de la filiale, ni de garantir leur conformité avec « les objectifs du groupe ».
Une formulation qui marque un net infléchissement de la position officielle adoptée jusque-là.
Des réactions contrastées chez les syndicats
L’annonce de la mise en vente de la filiale a suscité des réactions diverses au sein des organisations syndicales du groupe.
Du côté de la CFE-CGC, la déléguée syndicale centrale s’est félicitée, sur le réseau social LinkedIn, d’une décision permettant de clarifier le positionnement du groupe au regard des valeurs démocratiques et de ses engagements éthiques.
À la CFDT, première organisation représentative chez Capgemini, le délégué syndical central, Frédéric Bolloré, a exprimé à titre personnel une forme de satisfaction, estimant que la mobilisation des salariés et des syndicats avait été entendue. Il souligne toutefois la nécessité d’éviter qu’une situation comparable ne se reproduise à l’avenir. Il regrette par ailleurs que la communication du groupe mette l’accent sur les « objectifs du groupe », sans mention explicite des enjeux éthiques posés par le contrat.
La CGT se montre, pour sa part, beaucoup plus critique. Dans un communiqué annoncé pour ce lundi, le syndicat estime que la direction se préoccupe avant tout de son image et qualifie la décision de revente de « lâche ». Son représentant, Benjamin Girard, rappelle que la CGT demande la réalisation d’un audit de l’ensemble des contrats conclus depuis 2007 et plaide pour la fin des partenariats commerciaux avec toute entreprise ou institution impliquée, selon ses termes, dans des conflits armés, des violences policières ou des atteintes graves aux droits humains.
Une sortie de crise, mais des questions toujours ouvertes
En choisissant de céder Capgemini Government Solutions, le groupe espère visiblement refermer une séquence devenue très sensible sur le plan social et réputationnel. Reste que cette décision n’efface ni la durée de la collaboration passée avec l’ICE, ni les interrogations soulevées par les syndicats sur la gouvernance des contrats sensibles au sein du groupe.
Pour Capgemini, la revente de sa filiale américaine marque avant tout une tentative de reprise en main d’un dossier devenu politiquement et éthiquement explosif.
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