La tension monte sur les carburants en France. Selon le gouvernement, environ 18 % des stations-service connaissent des ruptures partielles, sur fond de flambée des prix et de tensions internationales.
Des stations sous pression après le week-end de Pâques
Le constat est préoccupant pour les automobilistes. D’après Maud Bregeon, près de 18 % des stations-service françaises sont actuellement en rupture partielle d’au moins un carburant. Une situation qui s’est dégradée rapidement après le week-end prolongé de Pâques.
Il y a encore deux semaines, seules 4 % des stations étaient concernées. Ce chiffre est monté à 12 % samedi, avant d’atteindre près d’une station sur cinq en début de semaine.
Selon les autorités, ces tensions ne sont pas liées à un manque de pétrole, mais à des difficultés logistiques : transport, distribution et afflux massif de clients dans certaines enseignes.
Des stations TotalEnergies particulièrement touchées
Parmi les stations concernées, une large majorité appartient au groupe TotalEnergies. En cause : le plafonnement des prix mis en place par l’entreprise, qui attire de nombreux automobilistes en quête de carburant moins cher.
Cet afflux crée des déséquilibres dans la distribution et entraîne des ruptures ponctuelles, notamment sur certains types de carburants.
Pour rassurer, Olivier Gantois, président de l’Union française des industries pétrolières, affirme que ces difficultés devraient être temporaires. Les réapprovisionnements sont en cours et aucune pénurie durable n’est, à ce stade, envisagée.
Des prix qui continuent de grimper
En parallèle des tensions sur les stocks, les prix poursuivent leur hausse. L’essence SP95-E10 a augmenté d’environ 30 centimes par litre depuis le début du conflit au Moyen-Orient, dépassant les 2 euros en moyenne.
Le gazole, carburant le plus utilisé en France, est encore plus touché, avec une hausse d’environ 60 centimes, atteignant plus de 2,30 euros le litre.
Face à cette situation, TotalEnergies a décidé de maintenir le plafonnement de l’essence à 1,99 euro, tout en relevant celui du gazole à 2,25 euros. Une décision justifiée par la forte hausse des cours internationaux, notamment pour un carburant largement importé.
Le groupe a également fait le choix de suspendre la distribution de certains carburants premium afin de concentrer ses efforts sur les produits les plus demandés.
Des aides ciblées plutôt qu’un blocage des prix
Du côté du gouvernement, la réponse se veut mesurée. Le ministre de l’Économie, Roland Lescure, a réuni les syndicats à Bercy pour discuter des mesures à envisager.
Mais aucune annonce concrète n’a été faite à l’issue de cette réunion, suscitant des critiques, notamment de la part de la CGT. Sa secrétaire générale, Sophie Binet, regrette l’absence de mesures d’urgence, comme un blocage des prix ou une indexation des salaires.
Le gouvernement exclut toutefois ces options. À la place, il privilégie un dispositif d’aides ciblées pour les professions les plus exposées, comme les aides-soignants, les aides à domicile ou certains agriculteurs.
Une approche également soutenue par la CFDT, dont le représentant Luc Mathieu appelle à protéger en priorité les travailleurs les plus fragiles.
Des tensions sociales qui montent
Sur le terrain, la colère commence à se faire sentir. En Corse, plusieurs ports ont été bloqués par des pêcheurs pour dénoncer la hausse des prix du carburant, particulièrement pénalisante sur l’île.
Sur le continent, des actions similaires émergent. À Nantes, des entreprises de travaux publics ont mené des opérations de blocage pour protester contre le coût du gazole non routier.
Dans le secteur de la pêche, certains professionnels ont choisi de rester à quai, incapables de faire face à l’explosion des coûts. Le prix du carburant dédié a doublé en quelques semaines.
Une situation encore sous contrôle, mais fragile
Si les autorités se veulent rassurantes sur l’absence de pénurie à court terme, la situation reste fragile. Entre tensions logistiques, hausse des prix et mécontentement social, le marché des carburants traverse une zone de turbulences.
Dans un contexte international instable, marqué par les conflits au Moyen-Orient, l’évolution des prochaines semaines sera déterminante pour éviter une crise plus profonde.
